www.snuipp.fr

SNUipp-FSU 35 (Ille et Vilaine)

Vous êtes actuellement : PSYCHOLOGUES  / Années antérieures (2007 à 2015)  / 2011-2012 

fontsizeup fontsizedown impression s'abonner  à la rubrique {} syndiquer le forum
4 novembre 2011

Sauvons le droit des enfants à l’erreur et à la différence.

Évaluation des élèves supposés à risques dès 5 ans, statut et effectifs des psychologues de l’Éducation nationale… Le Groupe des 7, qui regroupe associations professionnelles et syndicats, exprime de nombreuses revendications pour un meilleur travail des psys en milieu scolaire. Françoise Dalia (Collectif national des psychologues du SNUipp-FSU) nous les expose.

Propos recueillis par Justine Canonne Article publié le 02/11/2011 le-cercle-psy.sciences humaines

Quelles sont les revendications des associations professionnelles (AFPEN, ACOP-F, SFP) et syndicats (SNUipp-FSU, SNES-FSU, SNpsyEN-UNSA, SNP) rassemblés dans le Groupe des 7 ?

Nos revendications ne sont pas nouvelles. Ce regroupement de la profession date des années 1980, plus précisément depuis le moment de la mise en œuvre de la loi de 1985 sur le titre de psychologue. Aujourd’hui nous sommes toujours sur le même corpus revendicatif : la clarification du statut de psychologue de l’Éducation nationale, pour les psychologues du 1er et du 2nd degré. Nous voulons affirmer la place de psychologue dans le système éducatif, car il existe actuellement deux types de professionnels : d’une part, les conseillers d’orientation psychologues dans le 2nd degré, qui ont un statut de psychologue, avec un recrutement spécifique à l’issue d’études en psychologie ; d’autre part, les professionnels exerçant dans le 1er degré qui ont, quant à eux, l’obligation d’avoir enseigné avant d’accéder à la formation et à la fonction de psychologue dans les écoles après une licence de psychologie. Cette obligation d’avoir été enseignant antérieurement crée beaucoup d’ambiguïtés. Les psychologues de l’Éducation nationale dans le 1er degré sont les seuls psychologues à qui l’on demande d’avoir eu au préalable un autre exercice professionnel. Or, si cette situation est certes liée à l’historique de la mise en place de cette fonction, nous estimons cependant que la profession de psychologue est un métier à part entière, correspondant à un cursus universitaire de formation. La situation pourrait être clarifiée sans grand changement structurel : il faudrait utiliser le statut existant des conseillers d’orientation psychologues pour le faire évoluer en psychologues de l’Éducation nationale, statut dans lequel seraient intégrés les professionnels du 1er et du 2nd degré… Une évolution qui ne ferait pas pour autant perdre de vue certaines spécificités d’exercice, les problématiques rencontrées étant différentes entre le professionnel de l’enfance et la petite enfance et celui exerçant auprès d’adolescents.

Vos revendications concernent également les effectifs des psychologues de l’Éducation nationale. Quelle est la situation actuelle ?

Nos inquiétudes se portent vers le problème du recrutement. Dans le 1er degré, le recrutement a diminué de moitié en 6 ans, passant de 240 psychologues des écoles recrutés au niveau national à une centaine actuellement alors que 10 % des postes environ restent vacants. Dans le 2nd degré, 10 % des 3 700 postes sont occupés par des contractuels. Ces baisses de recrutement et l’absence de réponses ministérielles nous poussent à alerter parents d’élèves et pouvoirs publics. Car dans une logique gouvernementale d’économies budgétaires, les postes périphériques – mais qui font partie des équipes pluriprofessionnelles des établissements scolaires – sont fragilisés : enseignants spécialisés et psychologues des RASED, personnel social et de santé, CPE. Or le système éducatif a besoin de psychologues, car nombre de problèmes de l’enfant naissent ou se révèlent dans l’institution scolaire. Enfants, parents ou enseignants doivent pouvoir dans un premier temps trouver des ressources dans les établissements scolaires, d’abord pour identifier la difficulté ou le problème – handicap, problématique de décrochage ou d’échec scolaire –, et ensuite pour proposer des solutions au sein des établissements en terme de prévention, d’aide, de suivi. Les psychologues peuvent dans un second temps servir de relais vers des structures de soin extérieures. Notre objectif en tant que psychologues est de toujours maintenir un horizon de possibles, ne pas enfermer le sujet dans un échec, une relégation, une absence de perspectives. Dans une école de plus en plus soumise à la concurrence, à la culture du résultat, notre travail apparaît bien nécessaire au regard de la souffrance constatée. Ce que vous décrivez n’est-il pas plus largement le signe que l’attention et le soin à l’enfance et à l’adolescence est un domaine délaissé par l’action publique ? Je le dirais d’une autre manière : que reste-t-il comme place au sujet dans notre système socioéconomique ? Affirmer que l’école a pour but de former des personnes « employables », selon les visées du traité de Lisbonne, ce n’est pas la même chose que de dire que l’école est là pour former des citoyens. La conception de l’enfant et de l’adolescent sous-jacente est d’ores et déjà différente. Soit nous gardons les yeux uniquement rivés sur une « employabilité », à l’horizon incertain quant aux débouchés, à l’insertion et à la mobilité professionnelles des générations futures, soit nous estimons être là pour former des citoyens émancipés, capables d’élaborer un rapport à la culture et à leur avenir. Cette alternative pose en ce sens des questions sur la place laissée à l’enfance et à l’adolescence. Dans ce rapport utilitaire au sujet, où on le réduit à des comportements, où on le place dans des situations d’évaluation répétées et contraintes, la dimension humaine est négligée.

Quelle est votre position sur le récent projet gouvernemental d’une évaluation des élèves « à risque » dès 5 ans, qui débute en novembre ?

Ce projet appartient à la même logique de ce sujet réduit à des comportements et à des compétences, alors même que la notion de compétences ne doit pas être pensée comme figée, chacun pouvant voir ses compétences évoluer, se développer. Le droit à l’erreur et le droit à la différence sont questionnés avec cette technologie « pédagogique » qui est progressivement mise en place. La notion de développement semble mise à mal avec ces protocoles d’évaluation. Ceux-ci pointent des comportements d’introversion ou de timidité, ou même d’appréhension à rentrer dans le travail scolaire, en les « fixant », en les « figeant » – alors que ces comportements sont susceptibles d’évoluer. Dans ces schémas d’évaluation, les trajectoires scolaires des enfants sont appréhendées comme des lignes droites, alors que si l’on regarde les nôtres, celles des adultes, on s’aperçoit que les chemins empruntés ne sont évidemment pas linéaires. Il est préférable d’avoir un système éducatif de qualité, qui crée des possibles et des « passerelles », qui permet à l’enfant de pouvoir formuler et soutenir des projets, plutôt que d’imaginer un sujet qui devrait se conformer à un certain nombre de compétences repérées.

Le principal questionnement que vous soulevez est donc celui de la finalité du système éducatif ?

Oui, et c’est pourquoi nous interrogeons le sens des jugements qui peuvent être portés sur l’enfant et sa famille, de même que nous interrogeons la fonction des évaluations. Notre inquiétude porte sur le recul de l’approche par les sciences humaines dans le système éducatif actuel. Ce système donne l’impression que la pédagogie se réduit à une somme de passations de compétences, à des grilles de contrôle, où l’on en oublie la dimension d’expérimentation directe, de complexité des apprentissages, et ce que la psychologie et plus largement les sciences humaines nous ont appris sur le développement d’un enfant et d’un adolescent. Cela semble progressivement remplacé par des conceptions plus fixistes et plus régressives dans l’histoire des idées. La situation est d’ailleurs paradoxale : au moment même où est de plus en plus souvent évoquée l’individualisation et la personnalisation des parcours, la place des personnels formés à cela se trouve réduite. Dans le 2nd degré, notre crainte pour l’avenir est de voir institué un clivage entre orientation et psychologie, si l’orientation était confiée à des conseillers d’insertion abordant l’avenir de l’adolescent uniquement sous le registre de l’employabilité immédiate. Or, un adolescent qui rencontre un conseiller d’orientation psychologue se questionne sur son avenir : va-t-il se différencier de son milieu familial ? Va-t-il aller au bout de ses envies ? Que désire-t-il pour sa vie future ? Autant de questions qui nécessitent des personnels formés à une écoute psychologique.

 

8 visiteurs en ce moment

*Top

SNUipp 35, 14, Rue PAPU 35 000 RENNES

- Tel : 02 99 36 88 43

- Portable : 06 31 84 05 31
- Email : Écrire au SNUipp 35

mentions légales


©Copyright 2006 - SNUipp-FSU 35 (Ille et Vilaine), tous droits réservés.